Dans les coffee shops, la musique est souvent choisie en quelques minutes : une playlist agréable, un volume acceptable, puis on ne change plus rien pendant des mois. Une recherche publiée en 2026 invite à aborder ce choix avec davantage de méthode. Elle ne propose pas le genre idéal pour tous les établissements ; elle rapproche trois types de données rarement étudiés ensemble : préférences déclarées, réponses mesurées par EEG et ventes observées sur le terrain.
Menée en Slovaquie, l’étude appelle à la prudence. Le test de terrain concerne un seul établissement, sur une plage horaire précise, sans neutraliser toutes les variables extérieures. Son intérêt est de montrer comment organiser une évaluation de la musique d’ambiance dans un café, un restaurant, un hôtel ou un espace de restauration.
Trois phases de recherche à distinguer
La première phase est une enquête en ligne réalisée en décembre 2023 auprès de 2 501 répondants slovaques, sélectionnés selon l’âge et le genre. Le questionnaire explore les associations, les préférences musicales et les contextes de consommation du café. Cette enquête ne mesure pas les ventes : elle aide à identifier les ambiances plausibles pour le public étudié.
La deuxième phase est une expérience de laboratoire avec EEG, réalisée en mars 2024 auprès de 44 adultes habitués à boire du café. Les participants ont écouté six extraits instrumentaux de 30 secondes, standardisés en durée et en niveau sonore. L’EEG a mesuré des indicateurs associés à la relaxation et à l’activation émotionnelle. Il ne lit pas directement les intentions d’achat et ne démontre pas qu’une réaction physiologique entraîne davantage de consommations.
Les auteurs ont ensuite conduit une intervention dans un Sportpub de Brezno, en Slovaquie. Une playlist de jazz sélectionnée a été diffusée chaque jour de 14 h à 17 h, du 1er juin 2024 au 30 juin 2025. Les données ont été comparées à celles d’une période antérieure sans musique d’ambiance, du 1er janvier 2023 au 31 mai 2024.
Ce qui a été observé dans l’établissement
Pendant la période avec musique, la moyenne quotidienne des boissons chaudes vendues, café et thé compris, est passée de 25,62 à 27,39. Les auteurs rapportent une différence statistiquement significative dans la comparaison globale, avec un test de Mann-Whitney (p = 0,012). Les notes attribuées à l’atmosphère, sur une échelle de 1 à 10, sont passées de 6,75 à 7,45 ; le résultat annoncé pour cette mesure est p < 0,001.
Les résultats du week-end demandent une lecture attentive. L’augmentation observée reste marginale par rapport au seuil conventionnel de significativité (p = 0,052). Celle des jours de semaine n’atteint pas non plus ce seuil (p = 0,090). On ne peut donc pas affirmer que le jazz augmente les ventes le week-end dans tous les coffee shops.
Les auteurs qualifient leur protocole de quasi expérimental et demandent d’interpréter les effets comme des associations, et non comme des relations causales démontrées. La saisonnalité, la fréquentation, les habitudes de consommation et d’autres conditions d’exploitation peuvent avoir contribué aux résultats.
Un ROI supérieur à 240 % : comprendre le calcul
L’étude comprend aussi une analyse économique. Les auteurs estiment à 1 297,44 € les recettes supplémentaires attendues sur 13 mois, à partir de l’augmentation observée des boissons et de prix projetés pour 2025. Les coûts retenus sont de 377 € : un abonnement musical de 29 € HT par mois pendant 13 mois. Aucun nouvel investissement matériel n’est inclus, l’établissement utilisant un ordinateur déjà disponible.
Le résultat annoncé de +244,15 % correspond à la formule (recettes supplémentaires estimées − coûts) / coûts × 100. Le calcul correspond aux chiffres présentés, mais dépend de cet établissement, de ses ventes, de ses prix, de l’absence de nouvel investissement et de l’hypothèse attribuant économiquement l’augmentation à l’intervention. Ce n’est pas une référence de ROI transposable aux cafés, restaurants ou réseaux.
Tester la cohérence plutôt que chercher un genre miracle
La leçon n’est pas de diffuser du jazz l’après-midi. Il s’agit de vérifier si le projet sonore correspond au concept du lieu, au moment de la journée, à la durée de visite attendue, à l’affluence et au public. La conception sonore d’une radio en magasin part de cette cohérence, plutôt que de la popularité d’un titre.
Un café fréquenté pour travailler seul n’a pas nécessairement les mêmes besoins qu’un brunch animé, un hall d’hôtel ou un restaurant concentrant son activité le soir. La répétition, un volume trop élevé ou des morceaux envahissants doivent aussi être surveillés : ils peuvent fatiguer les clients et dégrader l’expérience.
Un protocole de test accessible
- Définir un objectif mesurable : boissons par ticket, ventes sur une plage horaire, appréciation du lieu ou durée de visite.
- Construire une programmation cohérente avec le concept et l’horaire, en évitant si possible de modifier simultanément le menu, les promotions et l’agencement.
- Comparer des périodes similaires, en distinguant au minimum semaine et week-end.
- Recueillir les ventes et un bref retour sur l’atmosphère, sans transformer quelques impressions en preuve définitive.
- Évaluer les licences, la continuité de diffusion et la qualité de programmation avant de rapprocher coûts et résultats.
Pour beaucoup d’établissements, la question est de savoir si la musique a été conçue comme un système. Une radio en magasin demande des critères de programmation, de contrôle et de renouvellement, même pour un seul espace café.
Ce que ce cas permet de retenir
Dans le contexte étudié, une programmation de jazz l’après-midi a été associée à une meilleure appréciation de l’atmosphère et à une hausse statistiquement significative des ventes quotidiennes de boissons. L’étude ne démontre pas qu’une playlist fonctionnerait partout. Elle propose une méthode plus fiable que la seule intuition : formuler une hypothèse, organiser un test proportionné, mesurer et ajuster dans son propre contexte.
Questions fréquentes
L’étude prouve-t-elle que le jazz augmente les ventes des coffee shops ?
Non. Elle décrit une association dans un seul établissement slovaque, entre 14 h et 17 h, avec un protocole quasi expérimental. Elle ne prouve pas un effet universel ou strictement causal.
Quelles ventes ont été mesurées ?
Les ventes quotidiennes de boissons chaudes, comprenant toutes les variétés de café et de thé, avant et pendant l’intervention musicale.
Pourquoi utiliser l’EEG ?
Pour observer des réponses neurophysiologiques associées à la relaxation et à l’activation émotionnelle pendant l’écoute. Ces données complètent les ventes sans les remplacer.
Le ROI de 244,15 % est-il reproductible ?
Il ne constitue pas une promesse. Il dépend des recettes supplémentaires estimées, de l’abonnement retenu, des prix projetés et de l’absence de nouveaux coûts matériels dans ce cas précis.
Comment un réseau peut-il tester sa musique ?
En comparant des établissements similaires, avec une mesure principale définie, des horaires et des jours distingués, un relevé des variables opérationnelles et une évaluation avant généralisation.